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lundi 3 mai 2010

nouvelle série de photos du monde

Par photosyves, lundi 3 mai 2010 à 00:54 :: General

on ne change rien aux bonnes habitudes...comme d'hab me voici reparti pour quelques mois alors voilà une première série de photos. Ce coup-ci il y aura peut être un peu moins de photos "touristes"...pas vraiment cool de tout lacher pour prendre l'appareil photo mais je vais faire de mon mieux!

samedi 27 mars 2010

RR Chaumière Lucio

Par lucio, samedi 27 mars 2010 à 11:39 :: General


mardi 4 août 2009

ANDALOUSIA

Par foto, mardi 4 août 2009 à 14:23 :: General


jeudi 25 juin 2009

Bienvenue

Par andre_conservatoire, jeudi 25 juin 2009 à 17:10 :: General

Quelques photos au Conservatoire de musique ...

lundi 2 mars 2009

Naissance de Maxime

Par maximejj, lundi 2 mars 2009 à 21:37 :: General

Clémence, Maxime, Steph' et Cyril vous souhaitent une bonne visite.
A bientôt...


dimanche 21 décembre 2008

JeanJo Weblogue

Par JeanJo, dimanche 21 décembre 2008 à 11:24 :: General

C'est rigolo
Billets - Weblogue - DotClear 1.2
Petite tentative de BLOG perso
Pour l'instant je commence à voir ce qu'il faut faire, c'est rigolo.
C'est du texte donc il faut un espace.

vendredi 28 novembre 2008

Ouverture du blog

Par CRASPAYLAND, vendredi 28 novembre 2008 à 00:10 :: General

Allez, je me lance aussi et j'ouvre mon blog !

samedi 4 octobre 2008

AUSTRALIE 2008 - 9/09/08 - 25/09/08

Par amlecui, samedi 4 octobre 2008 à 07:51 :: General

De Sydney à la Terre d'Arnhem
9/09

2 heures 50 de vol - 13 heures 30 à l’arrivée à Sydney.
Un temps frisquet (14°) mais splendide et... printanier.
Pas beaucoup de temps avant la nuit après l'installation à l’hôtel et quelques courses pour le petit déjeuner de demain. Mais tout de même un petit tour au crépuscule sur Darling Harbour,

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et retour par le quartier chinois. Déçue de le trouver presque désert. Pas mal de maisons -vétustes- sont en démolition (et j’espère en reconstruction).

10/09
Toujours un temps frais mais splendide. Un petit tour au Wildlife world museum que je n’avais pas encore vu. Bien fait. J’y apprends que les trois quarts des espèces vivantes, plantes, animaux et micro organismes vivent dans les forêts humides et qu’on estime à 1/6è seulement celles qui sont décrites par la science, que le casoar (j’en vois un beau), apparu dans la dernière période des dinosaures il y a 100 millions d’années, est l’oiseau le plus dangereux du monde, que la charmante araignée de Sydney, la "Sydney Funnel-Web" (mygale d'Australie) est la plus dangereuse du monde (à éviter dans les lieux publics, elle a surtout la particularité d’être agressive), ou que non seulement nous partageons le monde avec les fourmis mais qu’elles sont en train de nous dépasser en nombre et en organisation (ça, ce n’est pas difficile !).
A la sortie un peu de shopping dans les boutiques de Darling Harbour moins animé que d’habitude (la fraîcheur du temps ?). Un déjeuner sur le pouce dans un des bistrots du coin puis une petite heure d’internet/courrier et quelques courses avant d’aller rejoindre l’oasis de paix du Chinese garden à l’heure du thé... hélas il est fermé. Pour un thé en plein air j’ai bien “tenthé” la buvette de Hyde Park. Fermée également. Alors juste un petit coucou à James Cook derrière les arbres

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et j’ai rejoint l’hôtel dans le trafic dense de 5 heures du soir.

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Aïe... quelques changements :
- des piétons indisciplinés traversent n’importe quand alors qu’en mai encore, à mon dernier passage, on se faisait regarder de travers quand au feu rouge/piétons on s’avisait de traverser si l’on ne voyait pas de voiture à l’horizon.
- davantage de clochards, au moins trois fois plus...
Rien n’est parfait.
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Un bon dîner au pub “Cheers

avec mes amis -et collègues- Marie-Odile et Gérard qui sont ici pour la semaine et avec qui nous avons combiné d’aller à l’Opéra demain.

11/09 - Toujours un temps splendide... et plus chaud.
Un petit tour aux Rocks après une traversée de Hyde Park d’abord puis du jardin botanique. Au passage j'admire toujours les mélanges de styles dont Sydney est prodigue.


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Les Rocks, près de Sydney Harbour,


-- un quartier plus intime où flâner à l’abri de vieilles maisons, de maisons décorées avec beaucoup de charme,


de ruelles... Un déjeuner rapide puis retour au jardin botanique pour visiter en son centre l’Art Gallery et surtout la Yiribama Gallery (la plus importante collection d’art aborigène) et une sieste sur la pelouse

-- avant de rejoindre l’hôtel pour préparer la valise de demain, puis à 17 heures 30 Marie-Odile et Gérard au café de l’Opéra

-- avant l’Orlando de Haendel.

-- Une belle soirée, une superbe représentation baroque à souhait. De quoi faire de beaux rêves... Demain, départ pour Alice Springs (Australie centrale).

12/09 - 3 heures de vol pour Alice Springs et 1/2 heure de de décalage horaire à l’arrivée (en moins).

Alice Springs depuis l’avion : un village au milieu d’un désert ocre rouge parsemé d’une végétation vert sombre... Quelque chose comme l’Arizona. Et pour moi un lieu mythique depuis le temps que je potasse les polars d’Arthur Upfield. A l’arrivée un aéroport comme je les aime où l’on descend directement sur le tarmac brûlant (et dire que Noumea pris de la folie des grandeurs est en train de nous prévoir pour 2012 un terminal à la Roissy -pour dix avions par jour !-). Brûlant oui, car ici voici de nouveau la chaleur. A l’aéroport comme partout en Australie, le service des shuttles (navettes aéroport) bien pratique (comme les étrangers doivent être affolés quand ils arrivent chez nous entre les bus et le RER...) me débarque rapidement à mon hôtel. Retrouvé avec bonheur sur la route les merveilleux eucalyptus alba au tronc totalement lisse et blanc -parfois un peu rosé-, émouvants dans leur nudité gracieuse.

Chaleur, donc un peu de repos à l’hôtel avant d’aller explorer l’absence de ville, c’est-à-dire un coin de nature avec quelques maisons autour, et encore l’hôtel est situé dans le seul pâté de maisons/commerces... Trois jours devant moi. Je m’organiserai demain pour une petite excursion à AyersRock/Uluru, une autre si possible à l’Alice Springs desert Park, et surtout je veux aller voir à l’Araluen center les œuvres aborigènes anciennes et contemporaines.
Après un petit shopping (on ne sait pas où donner des yeux tant il y a de merveilles artisanales) je débarque dans une ambiance de fête. Le Festival commence aujourd’hui. De musique. Pour l’instant tout a surtout débuté par un carnaval joyeux... Et le soir un petit côté Woodstock. J’ai dîné sur la pelouse au milieu de la foule, me régalant de mon riz frit végétarien et de mon rouleau de printemps autant que des couleurs, des cris et des rires,




tout en tentant de faire quelques photos “arizoniennes” en technicolor à la Paramount.













Des musiques de tous genres, mais je découvre la musique aborigène. Je connaissais déjà l’excellence de la peinture à faire pâlir les rois de l’abstrait, et je découvre celle de la musique (autre que le superbe didjeridoo). Un avenir prometteur sur la scène internationale. De même qu’en peinture, si on veut faire fortune, on peut encore acheter à prix raisonnable (déjà élevé tout de même, et heureusement, pour une vraie belle œuvre). Non, tous les Aborigènes ne sont pas abrutis de drogues et d’alcools (même si c’est hélas le cas pour trop d’entre eux) et de plus en plus (plutôt métis) relèvent un sacré défi.

Reste pour finir la soirée les aventures d’Ella Maillart (Oasis interdites) qui va de Pékin au Cachemire en passant par le Tibet dans la Chine agitée de 1935. Superbe !

13/09 - Samedi-

J’avais décidé un petit repérage de la gare du Ghan... Hors du centre ville, O.K. mais pas si loin, pensais-je... En réalité à des kilomètres et mal indiquée. L'occasion de découvrir les alentours


Une “baraque” australienne, devant mon air perdu, a décidé de sauver cette pauvre petite Française en l’y conduisant en 4x4, ouf climatisée... Las, la gare était fermée, tant pis je ne reviendrai que lundi soir pour le départ. Et je "reprends mon pied la route" pour rejoindre l’Araluen Center pas trop loin de là. Il n’ouvre qu’à onze heures, il est dix heures trente. Pause sous les eucalyptus (80% des arbres australiens en sont).




Un musée volontairement placé au milieu du Désert... mais l’architecture n’est pas terrible. Dommage que Renzo Piano n’ait pas été appelé à la rescousse.
Traînent tout autour malheureusement quelques aborigènes paumés. La peinture est ici l’ascenseur social et beaucoup proposent à tout venant la leur. J’ai cédé à Mattie dont la petite toile n’a pas grand intérêt (et dont le prix ne montera pas, qu’on se rassure), histoire de l’aider un peu par quelques billets et de parler à l’ombre, mais elle a déjà beaucoup bu.

Le Centre est immense, mais c’est qu’il comprend aussi le Musée australien (géologie, faune, flore, je me suis contentée d’y pointer mon museau), un musée de l’aviation, des sculptures dans les jardins, et même un cimetière.
Mais pas autant de tableaux que je pensais. Juste une exposition “Ocean to Outback” (peinture australienne 1850-1950) et une salle consacrée à un grand aquarelliste aborigène (“fauve” pour moi) Albert Namatjira.

Retour tardif après une grignote à la buvette du Centre d’Art. On est samedi et beaucoup de boutiques sont déjà fermées. Mais c’est le bon moment pour la flânerie. Les Aborigènes du coin traînent sur les pelouses, surtout des femmes. Certaines étalent devant elles des peintures, pas mal du tout, à peu près les mêmes que celles des Galeries (du moins de la catégorie “ordinaire”, et à peu près au même prix) où elles vont et viennent d’ailleurs, apportent leurs œuvres, font marché ou pas et parfois s’installent dans un fauteuil ou un canapé à discuter le bout de gras avec le gérant ou le directeur. Curieux monde qui tourne autour de l’art ou de ce qui est dit tel car ce n’est pas si simple puisqu’il y a non seulement les “sous-produits” ou les productions à la chaîne et le folklore, mais aussi ce que les plus grands qui ont un nom international appellent plutôt spiritualité, récupérés déjà pourtant par notre conception occidentale de l’art et finalement ce label que nous distribuons. On trouve de tout dans les Galeries (très nombreuses). Parfois de l’imitation habile de ceux qui ont réussi, par d’autres, semblables à ces gamins du monde qui rêvent de devenir Zinedine Zidane ou Karambeu en shootant dans un ballon. Ou des remake sans intérêt. Mais aussi de très belles œuvres à un prix élevé (encore abordable pour un bon portefeuille).

Après-midi lourde, orageuse. Un grand vent chaud et une menace d’orage imminent qui n’éclate pas (deux jours après mon départ une violente tempête sur Alice Springs fera pas mal de dégâts). Rues plus calmes qu’hier à 18 heures pour l’ouverture du Festival, et les cafés sont presque vides. Mais l’heure du concert draine encore beaucoup de monde. Des touristes enchantés de l’aubaine comme moi (et ici beaucoup de Français), des Aborigènes et des Australiens. Oui, on distingue les deux et de fait, si cela n’aboutissait à une exclusion catastrophique, on pourrait se demander pourquoi les Aborigènes porteraient le nom de ce pays inventé par les Anglais. Le malheur est que ce pays a été inventé en lieu et place d’un peuplement antérieur. Le malheur est aussi que ce peuplement était nomade donc d’une culture totalement à l’opposé du concept de pays, de nation, de pouvoir. Deux cultures incompatibles dont l’une, celle de la technologie, avec toutes ses conséquences économiques, sociales et politiques, est forcément gagnante. Le mal est fait et il est profond et ancien. Les Aborigènes refoulés presque toujours de leurs lieux d’histoire et de rites avec lesquels ils avaient des liens vitaux sont littéralement dés-axés. A partir de là c’est forcément la déchéance et la pauvreté. La déchéance pour ceux qui viennent traîner aux abords des villes ou dans les villes, coupés des symboles qui les faisaient vivre, où ils ne sont jamais -sauf les métis- “intégrés” (quel vilain mot... Là encore si le résultat n’était l’exclusion on pourrait se demander pourquoi ils s’intégreraient à un mode de vie qui n’est pas le leur). Le résultat : 80% des hommes alcooliques, 60% des femmes. Quant aux communautés elles-mêmes, dans les territoires rétrocédés (1), elles sont de plus en plus infiltrées par les “Sirènes” de la civilisation occidentale.

Et la misère partout, dans les villes et à la campagne. Dans les villes avec l’absence de travail et l’alcoolisme. A la campagne avec la disparition des modes de subsistance traditionnels. Quant à la coexistence d’un peuple-nomade et d’un peuple-nation, elle était perdue d’avance. Un racisme pas exprimé mais net. Plutôt dans les villes (à la gare des bus de Darwin trois jours plus tard, c’est un employé de la compagnie qui a réparti les places dans le bus : pas un Aborigène n’a été placé à côté d’un Blanc. Et à Alice Springs aussi bien qu’à Katherine j’observerai qu’aucun Aborigène ne s’installe dans un café même minable. On les voit venir acheter un sandwich comme s’ils le quémandaient avec une timidité qui crève le cœur). Depuis toujours ce sont ceux qui vivent au contact des Aborigènes qui ont eu et ont avec eux des relations amicales et les défendent le mieux ou tentent de les aider.
Le soir, le Festival propose un sitting sous les étoiles, du dîner au breakfast “au cœur de la communauté”. Une bonne intention. Des couvertures seront distribuées et du café. Mais j’ai calé au 2è choeur des enfants des écoles et je suis allée retrouver un bon lit, d’autant plus que demain matin le départ est à six heures pour Uluru.

(1) A la suite de la loi du 26 janvier 1977, le gouvernement fédéral a rétrocédé aux différentes communautés 250000km2 soit 1/5è de la superficie du Northern Territory. Ces terres appartiennent aux communautés et sont gérées par un land council (conseil de la Terre et des Anciens)

ARBRES D'ALICE SPRINGS








14/09
Un petit tour des hôtels pour récupérer tout le monde et hop en route pour Uluru. Encore un groupe australien (deux petites Françaises tout de même). Je les fais toujours beaucoup rire avec ma manie de dire “Non merci”. On me répond invariablement que ce n’est pas la peine de dire merci si je ne prends pas ce qu’on m’offre. Il va falloir que je m’habitue. 4 heures de route, le temps d'admirer le paysage qui défile.





A cette heure la campagne est rose doré, un peu comme dans un petit matin d’hiver frileux chez nous. Partout une végétation rase de maquis. Les dômes ronds des spinifex d’un vert blond pâlot parsèment partout la terre d’un rouge violent. Un paysage moutonnant.



(spinifex)

Il ne doit pas y avoir trop d’accidents de voiture en Australie : les routes sont droites



et il n’y a (presque) pas de voitures. Par contre pas mal d’accidents de... kangourous (une dizaine écrasés sur la route sur 100 kilomètres). Stop à Mont Ebenezer road House (dans la communauté Imampa)... Un petit quart d’heure au café. Côté loi anti-tabac les Australiens ont six ans d’avance sur nous : la leur date de 2002. Quelques objets d’artisanat et des peintures. Correctif : il y a une troisième catégorie de peinture entre la camelote-remake mal peinte (quoique dans un touchant effort “enfantin” comme celui de Mattie) et l’oeuvre d’art : c’est la catégorie sympathique qu’on dirait chez nous folklorique-populaire. Photographié dans la cour lézard et fourmis des piliers.





Ayers Rock, Uluru plutôt de son “vrai”nom, en vue...



Comme dans tant d’autres lieux mythiques, on a déjà tant vu ce rocher que c’est un peu comme si on y était déjà venu. Mais comme à Venise -ou ailleurs- c’est aussi l’émotion, voire un choc de se trouver, cette fois, dans le tableau. Arrêt à Walpa Gorge (prononcer warl-pa qui signifie “winds”, la vallée des vents) qui fait partie des monts Olga Kata-Djuta. On chemine dans la chaleur de ce désert


entre quelques bosquets d’un vert argenté







qui se détachent toujours sur cette terre rouge,



et des pierrailles,
















avant d’arriver à la gorge.








Pas seulement beau. Grandiose. Impressionnant.
Un lieu où “souffle l’esprit”. Lequel ? Que chacun choisisse.
Kata-Tjuta signifie “multi-têtes” en anangu ; ce groupe de rochers arrondis donne une idée de ce que sera Uluru dans quelques centaines de millions d’années : affaissé, éclaté, violet.








Pour les Aborigènes anangu c’est le lieu où se transmet l’esprit des ancêtres (tjukurpa). Après de longues négociations, le nom de Uluru-Kata-Djuta a été reconnu par le Gouverneur Général d’Australie, Sir Vivian Stephen en 1985, et désigne aujourd’hui l’ensemble du parc de 130 000 hectares. En échange le peuple anangu a cédé la terre pour 99 ans. 11 membres au Conseil d’administration du Parc : 7 Anangu, 4 non-Anangu (i.e. Australiens blancs). Les Anangu perçoivent 25% des bénéfices.


Je m’attendais à une organisation “touristique” au mauvais sens du terme. Ce n’est pas le cas. Relativement peu de monde (deux ou trois cars ou minibus en dehors du nôtre) et l’architecture du site est en parfait accord avec le paysage (inscrit au patrimoine de l’humanité par l’Unesco). Dans ce paysage les Anangu retrouvent les traces de leurs légendes : la tête d’un chien, le visage d’une vieille femme en train de pêcher, les griffes d’un animal poursuivi par un autre ou la faille due à un lancer de javelot aussi efficace que Durandal à Roncevaux... En tout cas un paysage éblouissant, entre la majesté des Pyramides, l’étrangeté d’un paysage lunaire ou de dunes solidifiées. On peut même y voir un paysage érotique, une origine du monde qui n’est pas dans la légende aborigène (photo preuve jointe -photo et commentaire Anne-Marie-).


("L'origine du monde")

On voit d’ailleurs de drôles de choses par ici : après un Courbet voilà Lucky Luke



et même une fresque mésopotamienne...



Ou des Magritte,



des Max Ernst,





des Dali....



Mais aussi de vraies peintures murales.









Superbe sous tous les angles, de près







ou de loin, qu’on le contourne lentement en car, qu’on s’enfonce dans ses grottes,





ou qu’on en longe à pieds les dômes de grès et quelques sites sacrés (interdit de photographier) : - Mala walk (où s’inscrit la légende de Mala le Wallaby) - puis Kuniya walk où s’inscrit celle de Kuniya la femme-serpent qui vengea, autre Isis, son neveu mis en pièces par le serpent venimeux Liru. Superbe aussi sans doute (car je n’ai pas tenté l’aventure) si l’on grimpe au sommet comme deux jeunes l’ont fait.




Un tour parfaitement organisé d’un bout à l’autre, qui se termine par une soirée au crépuscule devant Uluru (là, une belle entreprise touristique, photos témoins !) autour d’un barbecue.







Mais c'est beau...

D'un côté Uluru,











de l'autre Kata Djuta
.






Une Australienne avec qui j’ai fait connaissance dans le car fonce sur moi et m’invite près d’elle et de son mari ainsi que d’un couple londonien. A ma gauche les deux petites Françaises ravies de trouver une payse. L’une est installée en Australie depuis deux ans avec un ami australien rencontré ici, l’autre est venue lui rendre visite. Et nous échangeons quelques remarques sur le fabuleux sens de l’organisation des Australiens ainsi que leur fabuleux art de vivre “décoincés”. A propos des kangourous morts sur la route, elles me disent en avoir compté... 45.. et avoir cessé de compter ! Au retour je comprendrai les raisons de cette hécatombe : les routes la nuit sont un véritable gymkhana entre les kangourous. Notre chauffeur, habile à les repérer sur les bas-côtés et anticiper leurs réactions, les évite néanmoins de justesse. Si certains restent sur place paralysés, d’autres bondissent terrifiés dans les phares et quand on réussit à en éviter un c’est parfois toute la petite famille qui suit !
Avec mes voisins australiens et londoniens nous parlons de nos villes respectives, Canberra, Londres et Noumea. Vin blanc et barbecue aidant tout le monde trinque et parle avec tout le monde. Une belle foire mais c’est réussi. Tout se termine à la nuit



et gaiement... La preuve !


(à la vôtre !)

15 /09

Une chaleur écrasante mais j’ai réussi à me dénicher après les courses du matin un petit coin calme à l’ombre, presque frais, d’une coffee shop dans une impasse.



Les touristes vont au pas, les Abos, habitués, sont affalés sur les pelouses et le reste de la population se cache. Je serais bien restée un peu plus dans cette petite ville : des merveilles dans les nombreuses Galeries d’art, un son de didjeridoo qui s’échappe de toutes les boutiques... Un petit côté branché et bien pensant de cette ville au milieu du désert mais pas uniquement et après tout ce n’est pas sans charme. Également un côté “bout du monde”... Pas vu Desert Park ni le jardin botanique, mais une telle chaleur aujourd’hui que je n’ai pas le courage de m’y traîner.
Encore fait le tour des Galeries d’Art ce matin et mes emplettes. Ce que je vois continue à m’intriguer. A la base, des productions centrées sur un système de signes qui vont du presque figuratif symbolique -petites arbres, animaux...- au symbolisme abstrait. Signes organisés en histoires (on songe à ces éléments de séquences narratives dont l’analyse structurale montre comment l’agencement peut varier à l’infini - cf. Morphologie du Conte - Vladimir Propp). Les différentes tribus sont chacune dépositaires de certaines histoires : l’une de l’histoire des fourmis à miel, l’autre de celle du lézard, etc.

Au niveau supérieur entrent en jeu des styles très différents selon les artistes. Formes et couleurs sont à peu près toujours habilement combinées et on va de la sobriété au presque psychédélique. On trouve de l’impressionnisme figuratif, de l’impressionnisme abstrait, du pointillisme, du figuratif naïf, du figuratif symbolique, ou ce qui est pour nous de l’abstrait, traits, carrés, points, cercles, lignes, qui néanmoins content une histoire aux initiés. Pour ces créateurs non pas de l’ “art” mais une façon de dire la spiritualité, les légendes transmises par les ancêtres... mais c’est chipoter, de Lascaux à nos jours c’est aussi une vision intérieure du monde... Les productions du premier niveau sont présentes partout, dans la rue et dans les Galeries -j’ai acheté à une “artiste” dans la rue une œuvre et je venais d’en acheter trois d’elle dans une Galerie, à prix identique). J’ai parlé de camelote et de remake. Mais après tout peut-être pour moi. Et d’autres. Mais peut-être aussi une forme d’authenticité (?) dans ces productions “naïves” (?) même si elles ne sont que moyennement réussies. Difficile au point où j’en suis d’en être certaine. Dans sa roublardise Mattie a peut-être aussi sa façon de dire son histoire...

Une petite heure à ranger au mieux tous les achats dans les bagages puis taxi jusqu’à la gare à 16H 30 pour un départ à 18H (mais on “embarque” à 17H 30 et les bagages sont enregistrés et emportés à part comme à l’aéroport). Un peu d’émotion de me trouver là.







Les gens photographient, filment, se font photographier (moi aussi).



Un petit vent de folie et de gaieté règne dans la gare. Trois trains par semaine, une longue traversée de l’Australie en diagonale (je n’en ferai que la moitié à peu près, c’est déjà pas mal), c’est un événement. Des jeunes, des vieux, des touristes (jeunes et vieux ! Deux jeunes couples espagnols dans le compartiment) mais surtout des Australiens... Et pourtant il va falloir passer la nuit en siège non-couchette (je n’ai pas pris le luxueux Gold Service mais le Red) -néanmoins beaucoup de place pour les pieds comme en 1è classe Air France, et les sièges sont très largement inclinables-. J’ai prévu tout un ravitaillement pour tenir un siège (voilà le cas de le dire !) et c’est ce qui est le plus lourd dans mon sac. Le plus dur sera la sciatique. Une chance pour moi le vieux monsieur presque aveugle à mes côtés déménage tout de suite (en s’excusant) pour une meilleure place à l’arrière... Je pourrai profiter de deux sièges pour dormir.

Un départ au crépuscule... Pas le temps de voir grand chose sinon la pierraille qui entoure Alice Springs, quelques sommets mauves au loin et les bosquets dorés des arbustes du bush sur cette terre rouge. De belles couleurs... On en mangerait ! J’ai bien essayé de faire quelques photos d’un lever de pleine lune sur tout le spectre des bleus : j’ai eu quelques Turner intéressants mais impossible de pousser la tentative beaucoup plus loin.





A défaut je me suis emparée de mes aquarelles. Mais là, pas de chance, ça n’a pas donné du Turner.

Dans le wagon chacun s’organise. Comme un peu partout en Australie on lie connaissance à toute vitesse, le passage vers les toilettes (superbes toilettes/avion et le double de place) étant prétexte à converser, plaisanter. Les Australiens totalement extravertis s’adressent la parole comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Pour l’heure c’est une petite jeune-fille, française me semble-t-il à l’accent, à qui quatre compères d’un certain âge, déchaînés depuis le départ, demandent des nouvelles de son séjour en Australie tandis qu’elle attend son tour. Une autre surgit de la voiture-bar et on lui demande des nouvelles de la cantine ! Je crois rêver devant tant de bonne humeur. Le vieux monsieur, de retour de la voiture-bar me salue d’un signe joyeux comme si j’étais une vieille connaissance (pas si aveugle que ça tout de même le monsieur...). Bon, plus grand chose à faire que me plonger dans la Chine d’Ella Maillart. Et finalement une bonne nuit après un arrêt longuet à Tenant Creek.

16/09

Un lever de soleil sur le bush... Dans le wagon les trousses de toilette défilent. Et le stewart (un par wagon) annonce joyeusement le petit déjeuner avec un “Désolé mais vous êtes en Red kangoroo, ce sera payant !”. Les Anglo-Saxons sont du genre “dur mais juste !” Après tout cela vaut mieux que toutes nos contorsions pour tenter de cacher nos 36 vitesses... Je me contente de la buvette et je rapporte mon thé à ma place, j’avais prévu le reste. Mais à midi ce sera le wagon-restaurant histoire de profiter de tout. De nouveau une belle journée à l’horizon et dix heures de train (arrivée ce soir à 17H30). Les termitières apparaissent à l’horizon, brunes sur cette terre rousse c’est du plus bel effet.

J’avais oublié l’arrêt à Katherine : minuscule gare en rase campagne, juste un abri. Mais des navettes sont organisées pour aller en ville, et d’autres pour une excursion à Katherine Gorge. J’ai déjà vu les gorges, j’opte pour la ville, mais... rien à voir -en tout cas en si peu de temps-, et même rien à photographier à part un peu de désolation.





J’ai laissé la crème solaire et le chapeau dans la valise enregistrée, et même pas un café un peu sympa où se poser, alors je rase les murs et je finis par aller chercher la clim du Woolworth où je retrouve tous mes compagnons d’infortune. Heureusement le chauffeur du bus de retour -encore un plaisantin- nous fait faire le tour de ce qui est intéressant ici : les bords de la rivière Adélaïde, le Low level Nature Park et finalement une halte à Springvale homestead où j’étais venue l’an dernier par une petite aube et que je retrouve avec plaisir : l’ocre de ses pierres,



la paix vénérable de son parc et de ses grands arbres dont les superbes Raintrees





et aussi un baobab.



Le temps d’une bonne ginger ale à l’ombre devant le bassin



et dans le calme des jets d’eau... Le bus nous récupère à midi pour un départ à 12H 45. Plaisir de redémarrer dans un Ghan nettoyé à neuf et bien frais. Pendant nos aventures katherinesques j’ai lié connaissance avec mon voisin de la rangée derrière moi, encore un vieux monsieur bien handicapé, probablement par ses rhumatismes (les Australiens n’hésitent pas à se lancer sur les routes quel que soit leur âge et leur handicap). Au wagon-restaurant un homme (jeune) s’installe à la table d’une vieille dame dont le mari est parti aux toilettes, en la saluant bruyamment d’un “Hello, young lady..” Le mari revient, les voilà qui devisent sur les routes droites de leur pays et m’associent à la conversation (“c’est pas comme en Europe...”)... Bon, le jeune s’en va, il est remplacé par un autre qui, aussi sec, sort un jeu de cartes de sa poche et propose au couple de jouer et à moi de faire la quatrième. Je décline. Les propos ne sont déjà pas si simples à suivre alors un jeu de cartes !! Bon il abandonne pour un “d’où êtes-vous... ?”. A l’heure qu’il est ils sont tous les trois en train de chanter. Je reste médusée. Mais à tort. C’est ça qui devrait être la norme... J’aime ces oiseaux d’Australiens... Casse pas la tête, la vie est simple.

Revoici, surgissant des broussailles, et entre les gommiers et les eucalyptus alba, les immenses termitières vues l’an dernier. Soudain des séries de manguiers (la saison commence). L’après-midi est éducative dans le Ghan : on vous commente les paysages et la vie du pays, ou l’histoire des villes traversées (pas vraiment nombreuses : Tenant Creek, Katherine, Adélaïde river). Un paysage très varié qui va de plaines en camaïeux beiges où se détachent à peine les troncs blancs des eucalyptus et le modelé des termitières, aux vallonnements verdoyants autour d’Adélaïde river où entre tous les verts se détachent, toujours, les termitières posées là comme les pièces d’un jeu d’échec.

Presque 1500 kilomètres en 24 heures et nous y voilà. Un peu triste que ce soit déjà fini mais contente de retrouver le confort d’un hôtel. Pas pour longtemps, juste deux nuits et ensuite ce sera le camp (amélioré à la mode australienne).

La gare du Ghan est loin de la ville et la navette nous dépose dans un centre animé. Après le désert d’Alice Springs au charme languide, ici c’est St Tropez ! Une vie du soir déchaînée, boutiques, bistrots se succèdent sur le Mall... Dûment astiquée, changée, redevenue vacancière civilisée, je flâne en humant cette vie nocturne et je tombe (presque littéralement) sur mes deux petites Françaises de l’excursion à Uluru. Bien dans la “peine” car elles doivent remettre demain à partir de 9 heures les clés de la voiture et la voiture louée à Herz, alors que leur tour au Kakadu Park part à six heures du matin. Je propose de le faire pour elles et nous voilà déposant la voiture devant chez Herz et je garde les clés pour les porter demain. Pour la “peine” qui n’était pas bien grande, elles m’offrent une bière et une grignote sympathique et nous passons la soirée ensemble. Délicieuses, Amélie et Annabelle. Et qui aiment le monde avec une grande faim qui me plaît bien. Nous parlons de voyages bien sûr, de nos pays, et surtout des Aborigènes. Elles ont été surtout impressionnées par les nombreux paumés. C’est vrai, mais il y a aussi...

17/09

Une journée à profiter de la ville que j’avais regretté de ne pas pouvoir découvrir l’an dernier lors d’un passage éclair. Je n’ai pu aller jusqu’au Musée australien -un peu loin et il fait très chaud- mais il me reste le port,





le jardin botanique et ses grands tamariniers. Et aussi tout le quartier animé de Mitchell’s. Une très belle ville de bord de mer... un peu d’internet, du shopping, pas mal de temps à chercher une banque qui veuille bien changer les Francs Pacifique inconnus au bataillon des banques ici, la journée passe vite par une forte chaleur et j’ai tendance à traîner dans les cafés -mais à la mode anglo-saxonne les fauteuils y sont profonds-. Dans l’un un garçon est un jeune Français venu explorer ; plus loin, dans une boutique une Française installée depuis cinq ans ici me dit qu’elle ne rentrerait pas pour un empire après plusieurs années de Paris “où on ne vit pas, on survit” me dit-elle.
Petit détail à mettre à l’actif du fabuleux sens pratique des Australiens : sur ma valise enregistrée par le Ghan, j’ai trouvé une étiquette “17 kilos. Poids lourd. Pliez les jambes pour soulever “ ! Et encore un autre : dans une billetterie automatique je vois soudain s’afficher “qui vous regarde ?”, je me retourne et il y avait effectivement quelqu’un ! Ça ne s’est pas reproduit dans les autres guichets...

Je termine ma journée dans une taverne à la bavaroise -bancs et longues tables de bois plein, à l’extérieur sous de grands arbres- et au son des guitares électriques...

18/09

Aujourd’hui c’est 4 heures de bus (l’occasion de quelques photos/Turner !) pour rejoindre le camp Bodeidei pas loin de Katherine. OK, ce n’est pas très rationnel, j’y étais avant-hier, mais Katherine est totalement sans intérêt, je n'y serais pas restée deux jours. Tout de même une bonne soirée en pleine campagne dans un motel Best Western où je me délasse (dans la piscine en compagnie de deux Belges fanatiques de l’Australie venus déjà il y a deux ans -et l’an dernier en Nouvelle-Zélande-) d’avoir ahané à porter mes bagages dans la chaleur.



19/09

Et encore une matinée jardin/piscine en attendant le départ du tour à 14 heures. Quelques jolies pies décident du haut d’un palmier de me prendre pour leur coin-toilette, mais plongée dans les aventures d’Ella Maillart qui en a vu d’autres et se bat avec ses chameaux à 5000 mètres d’altitude, je ne bouge pas de ma chaise-longue. Bonne petite halte imprévue à ne rien faire... un régal.

14 heures -15 heures en fait-, départ avec François Giner (auteur du livre En Terre aborigène que je ne saurais trop recommander) car on attendait Cerise, métisse aborigène, qui vient avec nous, nous c’est-à-dire deux couples, l’un de Marseille (Claudie et Jo), l’autre de Boulogne (Annick et Marcel), et deux jeunes qui sont en Australie et viennent aider au camp.

Toujours la terre rouge, un tapis de feuilles mortes, et des arbres minces espacés, beaucoup d’eucalyptus me semble-t-il. Parfois l’odeur d’une charogne en décomposition. 50 kilomètres corrects puis le reste en route infiniment droite et si étroite que pour croiser on se rabat sur les bas-côtés de terre. On crie “poussière” et tout le monde ferme sa fenêtre. Je regrette d’avoir laissé mes lunettes de glacier dans le sac “là-haut sur l’impériale”, je ne pensais pas en avoir besoin dès aujourd’hui, elles auraient été bien utiles pour me protéger non seulement de la luminosité mais surtout du vent. Bon, ce sera pour demain. Au bout d’une centaine de kilomètres les arbres sont de plus en plus dispersés et de plus en plus bas (il me semble que ce sont des gommiers), on attaque... 200 kilomètres de piste. Et ça y va, François ne ménage pas nos côtelettes.
Parfois soudain une savane sèche et j’ai cru voir s’y détacher un troupeau de vaches (il y en a d’ailleurs vraiment de temps en temps) mais non, ce sont des termitières. Étonnantes termitières, moins hautes que celles vues près de Darwin. Parfois rousses en forme de bosses empilées comme des boules de crottin les unes sur les autres ; d’autres menues et blanches aux arêtes aiguës qui font penser aux stèles d’un cimetière, d’autres brunes posées entre les herbes comme les tours d’un jeu d’échec. Rien d’autre à faire que humer l’odeur âcre et poussiéreuse -et aussi une bonne odeur de pain chaud de la terre-, parfois celle des feux de brousse que les Aborigènes allument régulièrement et rituellement,




et parfois celle du bois calciné. Ou bien admirer la grâce des troncs frêles, blancs ou rosés, lumineux au soir couchant.

Arrivée à la nuit au camp Bodeidei entièrement construit par François et ses amis. Au comité d’accueil : Maya, une jeune ethnologue, Johann, la trentaine, le bras droit du patron, Gérard, un second bras droit mais ponctuel, et deux jeunes “à tout faire” Laetitia et Nicolas.
D’emblée François nous a brossé un tableau noir de la situation des Aborigènes. Je lui laisse la parole : “Leur culture vieille d’au moins 40.000 ans est l’une des plus anciennes de l’humanité. Jusqu’à l’arrivée des Européens à la fin du XVIIIe siècle, les Aborigènes ont vécu de chasse, de pêche et de cueillette en harmonie avec une terre à laquelle ils appartenaient et qui nourrissait leur spiritualité, leurs coutumes et leur organisation sociale. Estimés à 350.000 en 1788, les Aborigènes n’étaient plus que 50.000 en 1966 et il ne reste aujourd’hui pas grand chose des 500 tribus d’origine. L’intrusion des Blancs dans leur univers traditionnel a été d’une incroyable brutalité : exterminés ou réduits en esclavage avant d’être brutalement “ assimilés ”, décimés par les maladies et l’alcoolisme. Aujourd’hui, la plupart ne survivent plus que dans une misère désespérante et les plus jeunes perdent souvent tout contact avec leur ancienne culture.
Originaire de l’Hérault, François Giner s’est immergé depuis 20 ans dans l’univers des Aborigènes. Il vit aujourd’hui dans une région reculée de la Terre d’Arnhem (à 700 km au sud de Darwin), au cœur de 400.000 hectares de bush. Un territoire appartenant au clan des Ngklabon.

(site internet - http://www.bodeideicamp.fr/livre/livre.html)

On ne peut parler d’ "Aborigènes d’Australie” dit-il. En fait, aucun lien ne les unit sinon des symboles identiques. On ne peut parler que d’aires linguistiques. Plus de deux cents langues regroupées dans 28 familles linguistiques il y a deux cents ans (site conseillé : http://www.ausanthrop.net/french/cours_deug/index.html - Cours de Deug Laurent Dousset - Aix).

Aujourd’hui par ailleurs on ne peut plus guère parler d’Aborigènes de “pure souche”. Dans l’aire linguistique Ngalkbon où nous sommes, une dizaine d’hommes sont encore initiés dans la tradition, dont Georges Jangawanga Balang, l’ami de François Giner, d’ici dix ans il n’y en aura plus aucun.
A l’intérieur de chaque aire linguistique, les tribus familiales.
Pourquoi je suis venue ? Justement, pour savoir. Parce que sur cette question on dit tout et son contraire. D’abord attirée par ces peintures étonnantes découvertes à Sydney l’an dernier. Et aussi pour ces regards croisés parfois et qui ont quelque chose de rare. Une certaine intensité peut-être. Alors j’ai commencé à lire (Le Chant des pistes, Bruce Chatwin - Les Rêveurs du Désert, Barbara Gowczewski -Les Plaines de l’espoir, Alexis Wright). Puis un tour l’an dernier dans le Top End... Mais le guide était australien et je perdais beaucoup de détails. Métis aborigène il parlait peu de ceux-ci, un peu des légendes et beaucoup des paysages... Alors cette fois j’ai choisi un “tour” français. J’en savais peu de choses sinon que c’était en territoire aborigène géré par des land council (“conseils de la terre et des Anciens” qui comprennent des Aborigènes et des représentants de l’Etat ) et que François Giner nous faisait partager “la vie de ses amis aborigènes”. Tourisme “intelligent” mais tourisme tout de même. C’est le cas, et c’est autre chose aussi. Il est arrivé en terre d’Arnhem il y a 21 ans posant son sac de couchage au milieu du bush (et quand on connaît le paysage il faut le faire !). D’abord indifférents les Aborigènes l’intègrent peu à peu, lui apprennent les plantes, le paysage, leurs traditions. Tellement intégré qu’il fait à présent partie de la famille de Georges Jangawanga Balang et en porte le nom de peau (1), Balang. On donne son nom de peau pour signifier qu’on est “frères”. Désormais François Giner est François Balang. Un jour ses amis ont accepté qu’il monte son “camp” ici pour faire connaître leur culture (à des Français essentiellement pour l’instant), ils lui ont concédé du terrain (la possession de la terre est symbolique, on ne la vend pas. “La terre ne nous appartient pas, on lui appartient” dit Georges) et il leur verse des royalties. Alors, non, pas de vrai tourisme, assez pour gagner l’argent, et juste l’argent “de ma liberté”dit-il. Ici, on ne vient pas “voir” mais partager un moment de vie avec cette famille. D’ailleurs aucun effort pendant ces deux jours pour nous montrer quoi que ce soit. Le premier jour se passe avec la “famille” de François qu’il est allé chercher tranquillement au village de Weemol à 15 kilomètres : June et une de ses sœurs (le nom m’a échappé), et une kyrielle d’enfants dont Angéla l’aînée (environ 16/18 ans), Sirima (environ 14 ans),



Pino (cinq/six ans) et Jobi (3/4 ans). Et tout ce monde-là a embarqué pour la journée avec nous cinq et quelques jeunes du camp dans la guimbarde/jeep (mille fois réparée et en partie fabriquée par François).







Deux arrêts pour parler un peu de sites sacrés, puis un pique-nique sur le site du billabong (étang) de KopoliuJune et sa famille ont pêché pendant que nous faisions des photos du site






et de ses oiseaux.


(le cormoran)




(le masked-lapwing)

Puis nous voilà partis pour quatre heures de marche, à partir de l'outstation ("résidence secondaire"!) du "camp" (settlement)



et de la rivière qui coule tout en bas.





Dans le bush d’abord, Angéla nous expliquant les vertus de certaines plantes (2), puis le long des falaises (et je me suis payé un peu de vertige mais j’ai été bien “encadrée” par deux costauds)









pour voir des peintures rupestres,



et finalement un retour dans l’ivresse du vent et du crépuscule,





fouettés par les herbes sèches dans la vieille jeep/camion. Arrivée au camp à 20 heures trente (35 kilomètres : deux heures de route/piste). C’est tout, c’est peu, mais comme dit Ella Maillart (Oasis interdites) dans la dédicace de son livre à Nicolas Bouvier : “Un voyage où il ne se passe rien mais ce rien me comblera toute ma vie”.

Le lendemain, matinée au “village” (80 habitants) pour rendre visite à Maggie et Georges, (75 ans, rongé par le diabète), les aînés de Weemol. La piste défile, rouge entre les arbres,







et j’essaie de photographier les termitières.





Weemol, un lieu désolé.







Ce qui crève le coeur ce n’est pas tant la misère qu’on trouve malheureusement dans tant d’autres lieux sur terre, mais un évident désoeuvrement de gens déracinés. L’alcool est interdit depuis l’an dernier dans le settlement (difficile de traduire. Le mot le plus proche serait “camp” : des baraquements en dur et en tôle installés par le Gouvernement dans les années soixante, avec électricité, eau, téléphone. Le gouvernement a aussi installé des outstations, sortes de résidences secondaires surréalistes : toutes les installations électriques, téléphone et télévision dans un lieu “paumé” où pourrissent des carcasses de voiture -et autres- et bâtiments bétonnés aux ouvertures béantes qui semblent abandonnés et où pourtant les familles viennent de temps en temps passer le week-end... Nous y sommes passés hier avant de monter aux falaises...)




(dans un des baraquements de l'oustation, Sirima nous traçant à main levée un crocodile...)

Et on ramène la même petite famille (June, Angéla, Sirima, Pino, Jobi et aussi un certain Dany boy -environ 25 ans-) pour un déjeuner rapide au camp et ensuite tout le monde part aux cascades de Kliklimarra (deux heures de piste plus une heure de marche) pour se baigner, pêcher dans un décor de rêve. Les jeunes sautent dans l’eau depuis un rocher de dix mètres de haut et nous nous prélassons dans l’eau chaude. Il y a des crocodiles paraît-il mais petits et gentils. Je n’en ai pas tâté.


APRES-MIDI À KLIKLIMARRA








(Jobi le long de la rivière)




(June partant pêcher)








(la baignade)

... et la mascotte de tous, Jobi :











Non, je n’ai rien de plus à raconter sinon qu’à la fin des deux jours, toujours dans l’ivresse du vent et du crépuscule, les enfants sautent sur les genoux de tout le monde, mais ça c’est normal, et les jeunes-filles et femmes, plus réservées au début nous embrassent comme du bon pain et nous lancent un “see you later”. Pour moi ce sera vrai car je me suis embauchée pour l’an prochain. Une occasion unique de comprendre mieux cette culture, de côtoyer ce dernier des peuples “premiers”, et même les derniers hommes de ce dernier des peuples premiers...

Revenons au camp.



Simple, pratique et beau. Des bungalows faits d’une petite hauteur de murs de terre séchée (environ 1 mètre),





d’une moustiquaire



et de toiles de tente solidement arrimées (du béton dans les piquets). Des murs partout décorés par les amis aborigènes.






(peinture sur le mur du cabinet de toilette)

A la fin de la saison (avril à septembre) tout est rangé, replié, et quand François revient avec Yo, le premier travail consiste à refaire les pistes disparues avec les pluies ! Travail de Titan...

Et au site.

Bodeidei, ça signifie la source, il y en a une d’ailleurs qui donne de l’eau au camp.









Une clientèle de Français bien sûr (mais peu de monde à la fois : huit tentes seulement au total) -mais des projets de développement vers l’Allemagne-, beaucoup de chasseurs (on chasse le buffle), et quelques fous comme moi à qui il fait découvrir le bush, les arbres, mais avant tout ses amis (et Maggie et Georges ont tenu à nous recevoir malgré une situation douloureuse de deuil en ce moment); C’est presque du prosélytisme plus que du tourisme.

Et au paysage.

Très beau bien sûr mais comme tant d’autres dans le monde. On est surtout hors de tout. La première ville à 360 kilomètres et parfois sans croiser qui que ce soit. Mon petit Pral est battu. A peu près l’équivalent de la réserve de Hato el Frio au Venezuela -mais elle était plus accessible- et surtout du Pantanal brésilien où il avait fallu faire d’abord 4 heures de tapecul puis deux heures de canot pour arriver... au Paradis ! Voilà qui garantit une clientèle de passionnés. Mais il est arrivé à François d’en rembarquer quelques uns (“ce n’est pas la peine de défaire vos valises je vous ramène”).

Le camp fonctionne avec des jeunes (un minimum de six semaines, il suffit d’aller voir le site) et deux ou trois personnes un peu plus “responsables” :

• depuis six ans Maya, une jeune ethnologue (28-30 ans), elle termine sa thèse sur l’aire linguistique des Ngalkbon. Elle a été longtemps la comptable du camp.

Johann qui est là depuis trois ans. Devenu le bras droit de François, mon “bâton d’aveugle” dit celui-ci. Il fait tout, de la réparation de voiture à la cuisine.

• et cette année : Gérard.

• enfin l’équipe de jeunes... Les deux venus avec nous : Édouard le photographe, muni du dernier Pentax et son ami dont le nom m’échappe. Puis Laetitia et Nicolas qui sont là depuis trois semaines et font le ménage, desservent la table, et aident à la cuisine et la vaisselle.
Au total douze personnes avec nous les six arrivants :

Cerise, une métisse aborigène qui travaille à Katherine, venue en week-end. Timide et distante au début, peu à peu elle s’apprivoise. Maintenant qu’elle est dans son paysage, elle nous parle comme à de vieux amis. Je n’ai pas réussi à comprendre exactement ce qu’elle fait. “Quelque chose dans l’art” ! Dans le minibus du retour, elle bondit soudain en reconnaissant Pavarotti dans Rigoletto et s’allonge extatique sur la banquette à côté de moi pour écouter, en expliquant “L’opéra c’est mon job...”

Marcel et Annick d’Hardelot près de Boulogne.

• et puis Claudie et Georges.
La découverte des autres, le charme des voyages...

22/09
Retour à Katherine pour la troisième fois cette année. Aucun intérêt mais c’est central. Claudie et Georges sont à l’auberge de jeunesse voisine (je les retrouverai demain pour un petit café d’avant départ) et moi je retrouve mon motel, pour une après-midi piscine/farniente avant la petite bière du soir (l’alcool aidant, j’ai pu tenir une conversation presque élaborée dans un australien presque fluide avec deux Australiens pure teinte qui m’avaient taquinée en me voyant plongée dans mon carnet moleskine, “you write a love letter”...) et un bon vrai repas pour fêter la fin du séjour vu que je n’ai fait jusqu’ici que de la grignote et réussi l’exploit de ne jamais dépasser 10 euros de nourriture par jour (ce qui m’a permis de m’offrir un petit stock de peintures aborigènes -18 !-).

23/09

C’est parti pour 36 heures à cuire dans son jus : l’hôtel de Katherine quitté à 10 heures du matin, le car pour Darwin à 13 H20, l’arrivée à Darwin à 17H30, l’avion à une heure du matin, l’arrivée à Sydney à 6 H et à l’hôtel à 7H 1/2... avec une chambre libre seulement... à 14 heures. (3) Et avec ce temps si lourd (on annonce la saison des pluies pour bientôt) on est en nage dès qu’on pose le pied dehors.

24/09

20° seulement à Sydney mais toujours le beau temps. Une ville rafraîchissante à tous points de vue. Et vivifiante. Jeune, pétillante, dynamique, bref une ville gaie. On y rajeunit de 20 ans. Le temps de confier mes bagages à l’hôtel : j’avais pratiqué le système oignon : une valise laissée à l’hôtel de Sydney, une autre à l’hôtel de Katherine, et je n’étais partie au camp qu’avec un petit sac), de me changer dans des toilettes publiques et de déguster un bon café dans les fauteuils du Starbuck en face de l’Australian Museum où j’avais repéré une expo sur l’art aborigène la semaine dernière (mais j’ai le temps, il n’ouvre qu’à 9H 1/2 et il est 8 H). J’en apprendrai peut-être un peu plus. Selon François Giner, en aucune façon on ne peut parler d’art aborigène, d’abord parce que -ce que je savais- au sens strict c’est plutôt une “écriture” (écriture de traditions, légendes, rêves transmettant l’histoire du peuple), ensuite parce que des Aborigènes à strictement parler il n’y en a plus. Et des “pure souche” capables de transmettre la tradition, il n’y en aura plus d’ici dix ans. En soi ce n’est pas un problème, au contraire, le métissage c’est l’avenir, et beaucoup d’Atlantides ont déjà disparu. Mais c’était sans que nous en ayons conscience. Aujourd’hui c’est sans doute le dernier naufrage d’une culture sous nos yeux (“Nous autres civilisations nous savons aujourd’hui que nous sommes mortelles” P. Valéry... C’est ainsi qu’avancent les siècles) et une culture qui n’avait guère bougé depuis 20 000 ans. Mais ce qui est émouvant c’est d’y assister.

Deux heures donc au musée. Une minuscule exposition (deux ou trois salles) mais devant des merveilles, à contempler et prendre des piles de notes. Sans aucun doute ce que j’ai vu de plus beau en art aborigène. En gros des années 60 à 89 le Central Desert Art (ou Papunya Tula art - cf. Annexe), un art dans un rayon de 260 kilomètres autour d’Alice Springs, grâce à l’impulsion de quelques esprits éclairés : l’anthropologue Fred Myers - Geoffrey Bardon, un jeune professeur d’art de la Papunya school (71-72) et à sa suite Peter Fannin et d’autres. Je nuancerais à présent le constat de disparition. Dans le territoire d’Arnhem où nous étions, peut-être, mais autour d’Alice Springs la tradition est restée bien vivante, vibrante, semble-t-il, au moins jusqu’en 1989. Depuis ?

Ce que donc le marché de l’art appelle “art aborigène d’Australie” est le fait de métis (ce qui est plutôt bon signe, dirais-je, et n’empêche pas que ce soit beau mais en tout cas n’a plus grand chose à voir avec le dreamtime) quand ce n’est pas du “made in China” (c’est paraît-il parfois le cas, “aucun contrôle” dit F.Giner). N’empêche, j’aime toujours et c’est même une belle évolution. Heureusement l’art occidental ne s’est pas arrêté à Lascaux...

Je suis sortie de l’exposition moulue de fatigue mais éblouie. Le temps d’un déjeuner sur le pouce à la cafète du museum après avoir acheté le catalogue de l’expo, et j’ai filé prendre enfin une douche à l’hôtel. Mais je n’ai pas traîné pour ne pas perdre une miette de ce Sydney dont je n’arrive pas à m’arracher. Découvert cet après-midi des labyrinthes de galeries marchandes victoriennes, luxueuses, en n’oubliant pas au passage de déguster un chocolat viennois dans une des galeries du fabuleux Strand....







Le chocolat est servi avec un marshmallow, eh oui, et c’est un régal, mais le chocolat ne vaut pas celui de la pâtisserie viennoise de la rue de l’école de médecine qui n’a pas sa pareille au monde, même à Vienne ! Et j’ai fini la journée dans d’invraisemblables souks indiens...

A la prochaine Sydney ! See you later...





NOTES

(1) le “nom de sang” est le secret d’une famille. Un second nom, le “nom de peau” lui est rattaché -et attaché au lieu- et va lier les familles entre elles.
(2) la cycade qui a 400 millions d’années, la plus vieille plante de la planète - le marble tree (arbre à poison) utilisé dans les cérémonies : les feuilles déposées dans l’eau coupent l’oxygène aux poissons qui remontent à la surface où on les pêche -la térébenthine - le stringybark dont l’écorce en fin de saison humide (février/mars) se décolle facilement et on peut peindre sur cette écorce - l’ Emuplum tree : on pêche avec la poudre de son écorce qui paralyse les poissons - le wullybott, écorce d’eucalyptus épineuse dont on se sert pour entourer les camps afin de les protéger des serpents (les oiseaux font leurs nids dans cet arbre pour la même raison) - la quinine - l'arbre de sang, variété d’eucalyptus dont l’écorce cristalloïde suinte en sève rouge.- les grosses fourmis vertes qu’on frotte dans ses mains pour produire un acide citrique qui dégage les bronches (bush medicine)

(3) Je suggérerai aux Australiens toujours si pratiques de prévoir un système de “restroom”/douches pour ceux qui débarquent de l’avion et ne peuvent récupérer leur chambre qu’à 14 heures... Ça ils n'y ont pas pensé.


ANNEXE

PAPUNYA TULA - ART OF THE WESTERN DESERT - Geoffrey Bardon

Préface de Judith Ryan : (traduction très libre d’Anne-Marie)

La naissance et le développement du mouvement artistique du Papunya Tula Art doit beaucoup à un jeune professeur de dessin, Geoffrey Bardon. Indigné de l’inhumanité et du racisme brutal auquel était confronté le peuple aborigène dans ce “camp de concentration” où un peuple libre et nomade était confiné pour être “européanisé”, il gagna la confiance d’un groupe d’hommes âgés, et avec eux tenta de prouver aux Australiens blancs et au reste du monde que l’art et la culture aborigène ne seraient jamais anéantis.

En 1971, quand Bardon arriva pour la première fois dans ce monde en friche qu’était le “camp” (settlement) de Papunya, il trouva plus d’un millier d’Aborigènes des peuples Anmatjira, Loridja et Pintupi d’une grande dignité, sous la coupe des blancs. Les yapa (chasseurs aborigènes) habitués à se déplacer sans frontières, étaient réduits à une inertie dégradante, coupés de la puissance spirituelle qu’ils puisaient dans leur terre. Les karnta (femmes), au lieu d’être occupées à la collecte de leurs aliments de base -graines, herbes, tomates du bush, oignons, pommes de terre et prunes- étaient assujetties désormais à préparer et consommer dans des cuisines communales et non autour des feux de camp une nourriture différente, de type industriel.

Devant le désarroi du peuple aborigène, Bardon réagit en empathie avec tout ce que celui-ci avait perdu, révolté contre ces blancs qui étaient en train de piétiner une culture unique. Alors qu’il était assis sur le sable au milieu de ce groupe d’hommes, il remarqua qu’ils avaient une forme d’écriture pictographique, ou hiéroglyphique en résonance avec les récits de création de leurs ancêtres pour eux toujours présents sur cette terre. Immédiatement, et s’effaçant lui-même, il fut de leur côté, l’imagination frappée par ces symboles qui semblaient surgis de la terre dont ils étaient un élément (1). Les simples griffonnages sur le sable qu’il était amené à lire s’imposaient à lui comme la base d’un art nouveau, la clé d’une autre manière de voir ces immenses déserts. Les arcs, cercles, méandres et pistes qu’il avait sous les yeux étaient semblables à ceux trouvés sur les anciens pétroglyphes aborigènes qui avaient été datés au carbone 14 à 31 000 ans A.J.C. et cependant ne faisaient pas encore partie de l’histoire de l’art australien. Bardon se donna pour mission de corriger cela.
Avant l’arrivée de ce professeur d’art isolé dans ce désert, le Western desert Art se limitait aux cérémonies, pour la plupart vues des seuls initiés. Les seules peintures indigènes produites pour la vente en Australie centrale avaient été celles des aquarellistes Aranda qui travaillaient selon la tradition importée des paysagistes européens.
Pour autant Bardon ne fut pas le premier blanc à prendre au sérieux l’art aborigène des régions du Désert ou à tenter de déchiffrer la signification religieuse de ces dessins. Norman B. Tindale, TGH. Strehlow, Ronald M. Berndt, Charles P. Mountford et Nancy D. Munn avaient précédé Bardon, se familiarisant avec un ou plusieurs des langages du désert et avaient interprété le sens de ces œuvres, éphémères par définition. Berndt et Mountford, au cours de leurs propres recherches anthropologiques, avaient également donné aux artistes des feuilles de carton et des crayons et les avaient invités à transposer les dessins traditionnellement réservés à des panneaux sculptés, des peintures corporelles et des peintures au sol en trois dimensions. Mountford, en 1956, avait montré que les dessins d’un jeune Aborigène changent radicalement une fois qu’il a été initié, qu’il est entré dans le monde des hommes, celui d’une vision religieuse et sacrée. Au lieu d’une esquisse horizontale du réel l'initié se fait l’écho d’images ancestrales qu’il ne connaissait pas jusqu’alors, reproduisant les objets sacrés qui lui ont été révélés durant la cérémonie d’initiation. Mais aucun de ces anthropologues ne regardait ces dessins comme un art en soi dissocié de son contexte culturel. Ils n’auraient pas imaginé considérer ces dessins en termes de production aborigène dans un but commercial. Un tel projet aurait représenté pour eux une hérésie. Bardon, au contraire, en tant que professeur d’art, était en premier lieu intéressé par ce langage visuel, par la dynamique des couleurs et des formes. Cet amour de l’art et la passion de l’enseigner était juste ce qu’il fallait pour initier la créativité jusque là figée des Aborigènes et donner de l’élan à toute cette richesse.

La réussite essentielle de Bardon a été de persuader ces aînés de transcrire sur des panneaux et des toiles les dessins archétypaux rituels, proposant aux artistes un matériel européen pour eux incongru -acrylique, brosses, panneaux rectangulaires- et de les inciter à s’exprimer dans leur propre langage visuel. Bardon créait une atmosphère de confiance mutuelle qui engagea de nombreux aînés à se mettre à peindre, et ceci fut un baume pour les Aborigènes à l'intérieur du "camp" , confortant leur image de soi et la fierté de leur culture.
Les artistes acceptèrent de révéler les différents niveaux de signification de leurs œuvres dont l’ensemble constitue une clé de la mythologie aborigène. Bardon fut invité à partager ce sens et percevoir ce paysage du Désert de l’intérieur. L’artiste en lui était touché par la puissance communicative de ces œuvres, et le professeur en lui découragea les cadres et le langage figuré naturaliste inspirés de l’Europe ainsi que l’usage de colorants purs.
L’enthousiasme de ces artistes et la confiance qu’ils eurent en Bardon fut telle que lors de son départ en 1972, environ un millier d’oeuvres avaient été créées. Ces peintures avaient la puissance des œuvres intemporelles et comptent parmi les plus belles qui furent produites. Chaque œuvre est une aventure unique qui n’est pas figée par une norme.
Les symboles graphiques inscrits sur la terre ou le corps dans le rituel sortaient ainsi de l’ombre. Chacun perçoit la vérité éternelle que les artistes révèlent en peignant, non seulement avec leurs mains mais du plus profond de leur être. L’échelle réduite confère à ces travaux un engagement total rare de geste et de composition.
C’est une échelle à la mesure du support humain.

En 1972 les artistes réussirent à se regrouper en un mouvement au nom aborigène : Papunya Tula artists. Ce résultat a représenté une révolution dont Geoffrey Bardon avait rêvé. Mais un temps de désenchantement a suivi, les artistes étant critiqués par leurs pairs pour avoir trop révélé de leur héritage sacré. Des dessins secrets réservés à un contexte rituel se trouvaient à présent sur la place publique, visibles des blancs, étrangers au monde aborigène, et des femmes aborigènes. En réponse à ces objections, tous les détails descriptifs de figuration et toutes les décorations concernant le cérémonial furent retirés ou modifiés. Ces dessins et leur signification “privée” n’avaient pas à être transcrits et commercialisés. Y contrevenir revenait à casser la continuité de la transmission, le lien de l’homme initié avec son ancêtre totémique par l’intermédiaire de ses père et grand-père.
De 1973 à 1975 les artistes du Papunya Tula cherchèrent à masquer les références manifestes aux cérémonies et devinrent réticents. Ils révélèrent moins de ce qui était au cœur sacré de leur culture. La confiance initiée par l’ère Bardon touchait à sa fin. Un pointillisme et sur-pointillisme comme moyen idéal de cacher ce qu’il y avait de secret dans ces peintures devint alors une sorte de mode. Cet art devenait public, tiré vers le bas pour être exposé à tous, mettant d’autant mieux en évidence ce qu’il y avait eu d’unique dans les années Bardon.
Également dans ces années et comme pour signaler la rupture avec les origines du mouvement, les peintures murales historiques de l’école de Papunya furent recouvertes d’une couche de peinture dans un acte de vandalisme inexplicable. L’école était ainsi “dés-aborigénisée” et cet art symbole d’un peuple résilient et indomptable remis à sa place.
Malgré un recul décourageant des ventes, le Papunya Tula art prit de la force dans les années 70 et les bases d’un développement des “camps” aborigènes étaient mises en place dans les déserts du Centre et de l’Ouest. Le succès du mouvement doit beaucoup aux sacrifices et à la clairvoyance de Geoffrey Bardon dont la contribution primordiale ne doit pas être oubliée. Après cette découverte initiale, de nombreux conseillers artistiques ont suivi ses traces, également soucieux de voir les peintres grimper dans l’échelle sociale et sortir de leur détresse économique, passionnément prosélytes de cet art toujours vivant et en mutation. Dans le début des années 80, des résidents de Papunya quittèrent l’univers de désolation des “townships” pour de nouvelles communautés qui les rapprochaient de leurs régions, comme Kintore et Kiwirrkurra où de nombreux membres de la communauté Pintupi vivent à présent. Les femmes ont été encouragées désormais à peindre en allant dans leur propre sens au lieu d’être cantonnées dans le rôle d’apprenties ou d’aides des hommes pour réaliser le pointillisme de fond.

Dans la croyance aborigène chaque individu a un site totémique lié à sa conception ou son “Rêve” et ce lieu est déterminé par l’endroit exact dans le paysage où sa mère a ressenti pour la première fois les signes de sa grossesse. A cet endroit le fœtus est relié à l’esprit d’un ancêtre totémique -eau, opossum, lézard, vieil homme- avec lequel, à sa mort, il sera réuni dans la terre.
La transition des compositions sur panneaux à de grandes toiles qui intervint à Papunya dans le début des années 70 permit aux artistes de créer des sortes de cartes abstraites d’immenses zones de pays en célébrant les déplacements de leurs ancêtres à travers une succession d’endroits déterminés. Le spectateur est alors englobé dans l’immensité d’un continent conçu comme un paysage mythique où se superposent les kuruwarri (signes et traces du pouvoir ancestral). Le paysage désertique est dépeint non par une vision extérieure et de dessus qui utiliserait le pinceau avec un effet de balayage cinématographique, mais de l’intérieur du squelette même de la terre. Ce n’est pas un paysage indifférent et vide mais pris dans la continuité d’un récit humanisé et divinisé. Il est transformé dans l’imagination aborigène en un espace sacré à l’intérieur duquel hommes, plantes, animaux et esprits partagent le même sang. On sent dans chaque source jaillissante ou points d’eau éternels l'ancêtre se réveillant de son sommeil et surgissant en faisant craquer l’écorce terrestre. Les cercles concentriques sont pleins de la vision métaphysique d’une terre en train d’être fertilisée par l’eau vivante. Les chemins entrecroisés, symboles du déplacement dynamique qui est le principe mâle, suivent ceux d’esprits surnaturels et désignent les lieux où ils transmettent l’essence vitale à l’intérieur de la terre, sortes de réservoirs d’enfants-esprits. Cette façon de conceptualiser la puissance du désert s’est à présent étendue aux communautés de Balgo Hills, Yuendumu, Mount Alban, Lajmanu et Utopia entre autres. Et dans chacune de ces communautés où le Papunya Tula a fait école, les œuvres réalisées ont revêtu des caractéristiques de style variées.
Il est difficile de croire que les toiles sophistiquées, productions actuelles des déserts du Centre et de l’Ouest ont pu prendre leur source dans cinq peintures murales réalisées il y a juste 19 ans. (2) Ce qu’alors personne n’aurait pu prédire c’est que ces concepts représentés sur toutes sortes de support pourraient parler aussi directement à un public blanc habitué au langage visuel de l’Expressionnisme abstrait, du Conceptualisme, du Minimalisme et de l’Op’Art. La richesse du mariage entre les anciens symboles indigènes et les matériaux synthétiques européens a débouché sur une forme d’art moderne nouvelle et puissante qui a fait sensation dans l’art australien et international.

La technique des points a été adoptée par les Aborigènes mais aussi les post-modernistes blancs australiens. L’art de Papunya Tula a été exposé à Londres, Paris, New-York, Mexico, Madrid, Venise et Montpellier. On voit d’immenses toiles sur les murs des salles de réunion, des hôtels et dans d’importantes collections d’art australien contemporain. Au lieu d’être ignorés, les premiers peuples de l’Australie qui avaient été dépossédés de leurs terres, sont enfin écoutés avec leur langage propre et éloquent.
La peinture acrylique, plus puissante qu’aucun slogan politique a permis aux Aborigènes d’affirmer leur droit fondamental : le droit à la terre.


(avec un grand merci à Marie-Odile pour avoir bien voulu relire cette traduction et m’avoir si gentiment aidée à résoudre quelques points délicats)

Notes :
(1) Un Aborigène se considère comme un morceau, un élément de cette terre sur laquelle il vit.
(2) première publication de ce texte en 1991.

lundi 21 juillet 2008

Souvenirs en photos

Par sebetsarah, lundi 21 juillet 2008 à 10:37 :: General

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jeudi 19 juin 2008

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Par oussama, jeudi 19 juin 2008 à 11:45 :: General

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dimanche 25 mai 2008

Voici le blog de votre voyage

Par 30ANS, dimanche 25 mai 2008 à 09:13 :: General

N'hésitez pas à l'alimenter de vos commentaires
J’espère que vous garderez un souvenir impérissable de ce voyage au Vietnam et des moments exceptionnels passés avec vos collègues.

Céline

jeudi 15 mai 2008

MARÉ l'île féerique

Par amlecui, jeudi 15 mai 2008 à 05:26 :: General

FÊTE DE L’AVOCAT

Île de Maré


1er au 4 mai 2008

Départ du Betico “aux horreurs” (6 heures du matin : y être une heure avant et se lever... à 4 heures !). “Aux horreurs” aussi la traversée, pas pour moi mais pour mon collègue Pierre : la mer est mauvaise, il est malade, la moitié des passagers aussi. Il faudra penser à se munir de nautamine pour le retour. Imperturbable je fais des mots croisés... achevés pile à temps à l’arrivée à 11 heures trente.
300 personnes sur le quai (dont beaucoup de jeunes de l’IRD.(1) Un peu d’attente mais pas trop : la fête est bien organisée et plusieurs cars arrivent qui nous conduisent au lieu de la fête dans la tribu de Nece à 10 kilomètres du débarcadère de Tadine.
Et là... un lieu de rêve ! J’ai déjà vu beaucoup de belles choses mais cette île c’est un véritable joyau. Sur la pelouse devant la petite église, les stands (avocats mais aussi ignames).


En contrebas la crique : une barque, des jeux d’enfants, une paillote où cuisent les brochettes (et où quelques jeunes fument tranquillement le cannabis) et une petite terrasse en tivoli au-dessus de l’eau, les rochers coralliens - l'un d'eux très Bernardin de Saint-Pierre

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... et toujours occupé-

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Et aussi les pins colonnaires, la couleur du lagon... c’est divin !

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Après un tour des stands et tout en écoutant (distraitement) discours et prières ainsi que “la coutume” (il faudra qu’un jour je donne quelques explications sur celle-ci), nous nous installons sur la crique à déguster les sandwiches de mon sac à malices. Plein soleil et on annonce beau jusqu’à la fin ! Une petite troupe d’admirateurs autour de nous et leurs jeux sur la plage.
Puis chacun rejoint son hébergement : Pierre qui s’y est pris assez tôt est chez l’ambulancier (une relation utile, sait-on jamais) et moi en camping chez l’habitant, Billy Lolothea et sa femme Marguerite. A camper nous sommes... deux ! Une jeunette, Catherine, que j’aide à monter sa tente (et même à la réparer en posant une attelle avec sparadrap et ficelle sur un des tubes !) toute douce et gentille, depuis peu à Nouméa (stagiaire pour six mois en écologie, je ne sais trop dans quel organisme d’environnement, elle travaille sur les cerfs... et leurs dégâts !) toute contente de trouver une compagne. Nous la reverrons. Elle file à la plage. Quant à nous, nous allons admirer les danses de la tribu de Nengoné,

__ suivies de celles -martiales- des Wallisiens.


Une bonne petite soirée à traînasser (mais je n’ai dormi que deux heures la nuit dernière) toute contente pour une fois de ne pas parler seulement “à ma barrette”.

Si j’avais compté sur du repos, c’était peut-être rêver un peu (mais justement je n’ai pas rêvé !) : la fête bat son plein ainsi que la sono à deux pas de ma tente, le froid prend le relais (la mer est également à deux pas) ainsi qu’une bonne sciatique (celle-là ne disparaît jamais, seulement plus ou moins forte selon les jours), les chiens, enfin au petit matin, champion toutes catégories, le coq de la maison a décidé d’aller faire savoir à tous l’heure qu’il est en arpentant le champ de haut en bas et de bas en haut... Reste à franchir l’étape de la toilette dans un lavabo qui aurait bien besoin d’un coup d’Ajax, et j’enrichis ma technique du camping en parvenant à me doucher avec un mince filet d’eau ! N’empêche, à huit heures c’est tout bon et nous voilà Pierre et moi décidant de partir vers le nord de l’île, par la plage d’abord puis en longeant les falaises coralliennes que la butée de la plaque continentale a exhaussées il y a.... environ 180 millions d’années. Grottes, stalactites et lianes se disputent le décor.

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Et puis, pendant que nous y sommes, allons jusqu’à la plage de Ro... Il ne reste plus guère qu’une dizaine de kilomètres ! Une locale nous prend en stop pour les huit derniers (nous en avons parcouru autant) et nous voici à pique-niquer dans une crique somptueuse.

Retour sur 8 kilomètres et les 8 derniers en stop... Tout de même nous en avons fait 16 dans la journée... de quoi envier une bonne douche et un peu de repos avant les danses wallisiennes aussi martiales qu’hier. Crépuscule au "Tivoli", à admirer le rocher

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puis une soupe de bénitier et vite un peu de repos car demain nous prévoyons 22 kilomètres jusqu’à l’aquarium naturel et retour. Ce soir ce sera boules Quiès et une bonne couverture que Pierre a dénichée pour moi dans son gîte.

Encore une très belle route le lendemain, cette fois en direction du sud et d’abord de l’embarcadère de Tadine, au passage de belles petites plages (une où je reviendrai une petite heure au retour)


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et toujours les falaises. Quelques petits plaisantins ont réussi à escalader et laisser le dessin de leurs mains... mais ce n’est pas Lascaux...


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Et voici Tadine : deux ou trois maisons (fort coquettes et pimpantes ma foi, je trouve que c’est le luxe : vérandas à croisillons, murs colorés gaiement, pelouses bien tondues, plantes d’ornements), deux magasins (2), la gendarmerie, l’OPT, la pharmacie (mais elle est fermée -Pierre n’aura pas sa dramamine-) : c’est la grande ville ! L’aquarium naturel est à trois kilomètres nous dit un gendarme en équipement de plongée “et juste après la tombe de Yeiwéné Yéiwéné (3) , vous ne pouvez pas vous tromper” (effectivement pour une fois ce sera signalé). Lorsque nous estimons avoir parcouru deux kilomètres, Pierre s’enquiert de la tombe de Yeiwéné Yéiwéné -en écorchant le nom- “C’était mon père” dit le jeune-homme qui était en train de tondre l’immense pelouse. Arrêt. Discussion. Il est tout ému que des “métros” demandent à voir cette tombe, et il nous accompagne en nous donnant de petits détails (“là-bas c’était l’île où il allait pêcher”... tout le coin appartient à la famille qui a seule le droit de pêcher à certaines périodes seulement et en observant certains rites (4) “parce que c’est un travail” dit-il). A part ses trois oncles il est le seul de la famille à être resté ici -les autres sont à Nouméa-, il est professeur à La Roche (la 2è grande ville de Maré, où est l’aéroport) -études à Clermont-Ferrand-. Au passage il nous indique un autre “trou” non signalé par les cartes et retourne à sa tondeuse. Nous continuons jusqu’à l’aquarium.

Un lieu féerique ! L’eau du lagon a infiltré les falaises en un petit lac.




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“Au bonheur des poissons” dirait l’enseigne.





Le site est protégé, il appartient à la famille Yeiwéné, “le dernier cyclone (2003) a fait beaucoup de dégâts, nous l’avons nettoyé” nous expliquera le fils Yeiwéné qui nous rejoindra après le pique-nique.
Pour l’instant, silence dans cette goutte d’eau précieuse enchâssée au cœur des rochers coralliens que je mitraille... de photos uniquement. J’en fais bien une cinquantaine mais je pourrais continuer à l’infini, tout est beau où que l’on se tourne. Décor pour une féerie qu’heureusement aucun producteur n’a encore découvert. Chutt... on ne tourne pas !
J’explore. Un petit sentier sur le rocher mène au grand large.

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De quoi ouvrir un bel appétit et la boîte de sardines (ainsi que l’imagination : les grottes ont aussi un petit air de mystère et le pique-nique se passe à inventer joyeusement un polar en distribuant les rôles à nos collègues !).

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Nous nous sauvons peu après l’arrivée du fils Yeiwéné accompagnant des touristes allemands : le lieu ne souffre pas la foule. Et puis il nous reste onze kilomètres à faire, avec un petit détour au “trou” signalé , mais nous le fuyons vite, ce n’est plus de la féerie mais un Aven Armand où engouffrer dieu sait combien de cadavres !
La chaleur, la digestion, je suis un peu fatiguée et j’emprunte la première voiture stoppeuse qui me déposera cinq kilomètres plus loin sur la plage repérée ce matin : farniente, photos,

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clapotage dans l’eau le temps que Pierre me rejoigne (pas un fanatique de la mer lui) pour les trois derniers kilomètres à pieds (tout de même 17 dans la journée pour moi... c’est la sciatique qui va être contente cette nuit !) et nous arrivons à temps pour les danses terrifiantes des Wallisiens qui font, pour leur dernière prestation, “la coutume” afin de “rendre le sol” (ils en avaient fait une à la première prestation pour l’emprunter). Pierre me dit qu’en Côte d’Ivoire, alors qu’il quittait un village, pour le protéger des dangers de la route, ceux qui l’avaient reçu faisaient une cérémonie pour lui “prêter la moitié du chemin”. Pourquoi pas le reste ? avait-il demandé. “C’est pour toi, pour que tu puisses revenir nous voir”.

Une ambiance désenchantée de fin de fête : la sono a une panne vite guérie (je ne sais pas si nos oreilles s’en réjouissent ou s’en désolent), le petit déjeuner resté sur la table au camping (oublié par la fille de la famille) s’est transformé en une montagne de fourmis, et les tentes ont fait des petits pour une horde de jeunes hirsutes et bruyants, enfin notre snack préféré victime de son succès a doublé ses prix de 700 francs (environ 6 euros) à 1500 ! Ouf, une bonne bière ranime un peu le moral.

Petite pluie le lendemain, juste le temps de plier la tente et de déposer les bagages à l’abri avant une matinée à traînasser pour des photos d’après-fête comme j’aime : plage presque fantomatique,

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chaises abandonnées, vieilles marmites et stands vides...




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Ainsi qu'un crabe de cocotier qui passait par là...

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Une petite “coutume” pour un au-revoir et sus au Betico où toutes les familles d’accueil sont venues chacune saluer leur(s hôte(s) (on aperçoit “mon” Billy en T-shirt orange sur une photo -j’ai fait tout à l’heure la bise à Marguerite, sa femme, jurant que je reviendrai-).

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Un beau geste que cet accompagnement... Pas beaucoup de tourisme en Nouvelle-Calédonie, mais souvent autre chose...

Et le Betico part à l’heure à 12 heures trente. Cette fois ce sera sept heures de voyage (le temps de contempler la vitre !)

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car il y a un stop à l’île des Pins.

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Un stop... !! Outre que chaque embarquement donne lieu à une file d’attente interminable (1/4 d’heure par passager pour contrôler que son nom est bien sur une liste bien qu’il soit dûment muni d’un billet délivré par la Compagnie) voilà que le bateau est surbooké, impossible d’embarquer tout le monde. Cris, pleurs et grincements de dents, la direction finit par proposer une nuit d’hôtel aux volontaires avec avion demain matin. Retour du panier à bagages sur le quai... tout cela prendra bien deux heures. J’en profite pour squatter le pont avec la ferme intention de faire des photos du crépuscule... Las ! Mon accumulateur est déchargé... J’ai vu défiler une bonne trentaine de photos devant moi : des merveilles ! Pas grave, j’ai mes yeux pour me régaler des petites scènes de quai, -le romantique photographiant sa fiancée sur fond d’Océan, Corto Maltese (jeune IRD frimeur à casquette ad hoc) lancé dans un beau plongeon pour épater la galerie-, observer les mécontents, les furibards, les réjouis, les enfants... sans impatience ceux-là,

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et moi de même, rien ne m’amuse plus que les situations de panique généralisée, ces imprévus où chacun révèle sa véritable nature. On se plaint de l’organisation -foireuse il est vrai mais quel bonheur ! Et s’ils ne voulaient pas de mésaventure zavaient qu’à pas voyager...-.
Finalement un départ à 18 heures, nous serons à Nouméa à 20H 30. Je traîne sur la passerelle à lécher les derniers feux de l’Ouest, tous les rats sont redescendus dans le navire où règne le délicieux désordre des campements improvisés -assis, couchés, debout, grignotant, sirotant, bavardant, faisant la cour à la voisine, squattant un siège reluqué depuis longtemps, le tout animé par les guitaristes Wallisiens qui donnent un concert gratuit (tonnerre d’applaudissements)... On noue connaissance, on prend ses aises, on s’endort et les poubelles débordent (les toilettes aussi). Sur le pont je reste presque seule à profiter de l’appareillage,

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du vent dans la figure et du théâtre rose et gris du ciel. Là-bas sur l’horizon, qui sait encore d’autres îles devant moi et derrière, tant de souvenirs de départs enfantins pour des lointains très lointains...


(1) Institut de la recherche et du développement (2) Ici les magasins sont polyvalents : ça va des clous et du fil à plomb à la boîte de sardines... Va justement pour une boîte de sardines (épicées). Autre caractéristique : aucune enseigne... Vous voyez quelques tôles et une porte ouverte sur un antre... Entrez ! (3) Bras droit de Jean-Marie Tjibaou au FLNKS, il est assassiné le 4 mai 1989 en même temps que celui-ci lors de la commémoration de la tragédie d'Ouvéa, par un Kanak (Djubelly Wéa) opposé aux accords de Matignon de juin 1988. (4) Le lieu des morts (sorte de paradis) est le lieu sous-marin à l’ouest où ils jouent, mangent, etc. mais en même temps ces morts sont dangereux (peuvent prendre l’âme des enfants qu’on laisse sortir à la mauvaise heure -crépuscule- celle où les ombres confondent morts et vivants. Des rites de purification sont nécessaires avant de pêcher.

lundi 12 mai 2008

John Hamon

Par John_Hamon, lundi 12 mai 2008 à 18:31 :: General

John Hamon

mardi 29 avril 2008

Luii

Par memories, mardi 29 avril 2008 à 11:43 :: General



Un ange tombé du ciel ...

dimanche 20 avril 2008

concert IAM au caire

Par Tifotos, dimanche 20 avril 2008 à 13:48 :: General

quelques photos du concert au pied des pyramides


 
 
     
 
 
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